Recherches sur les nourrices de Bouthéon au 19ème siècle

singiel w kuchni Présentées aux journées du patrimoine 2017

Lorsque nous avons découvert des registres avec des nourrices et des gardiennes d’enfants au 19ème dans les archives de Bouthéon, nous sommes tombés des nues.

Jamais nous n’avions entendu parler d’une organisation aussi bien structurée pour sauver des nourrissons dans notre ancien village de Bouthéon.

Pour bien comprendre l’importance de cette organisation, il faut se rappeler le bondy rencontres libertines contexte catastrophique en France au 19 te rencontrer sans te réduire ème :

Extraits de Village de Forez d’octobre 2014 :

En 1833, 40% environ des enfants illégitimes sont abandonnés ; 127.000 enfants abandonnés en France dans les années 1830 ; En 1844 , à Montbrison un préposé s’occupe du service extérieur des enfants trouvés et abandonnés; Suite aux mauvaises conditions d’hygiène, la mortalité infantile est de 26% ; les biberons avec un long tube en caoutchouc étaient sources de germes et de bactéries. Il y avait peu d’eau potable et les puits étaient souvent pollués.

D’après les recherches de Serge Perel, la mortalité infantile est de 22% en 1860, 15% en 1880, 8% en 1930, et aujourd’hui 0,6%

Les nounous du Morvan :

A cette époque, on parle beaucoup des nourrices du Morvan qui vont à Paris pour élever un enfant bourgeois, mais leur enfant est sevré et bien souvent décède avant le retour au pays. Les bourgeois ne tenaient pas à ce que leur femme allaite, car la religion déconseillait les rapports pendant l’allaitement.

Dans l’autre sens, des enfants défavorisés sont placés dans le Morvan pour y être élevés et ensuite travaillent à la ferme dans leur jeunesse.

Tout ceci est très bien expliqué au Musée d’Alligny dans le Morvan.

Mesures nationales prises au 19ème :

En 1865, le docteur Monot du Morvan a eu un grand mérite : celui de dénoncer les abus de l’industrie des nourrices dans un mémoire destiné à l’Académie de médecine qui fit scandale. Ce mémoire est à l’origine de la loi Roussel.

En 1894, le docteur Dufour crée la goutte de lait à Fécamp (institution pour promouvoir l’allaitement maternel et distribuer du lait stérilisé aux femmes qui ne peuvent allaiter).

« Collection Goutte de Lait, musée de Fécamp (Adoc, CC BY-SA 4.0) »

Contexte local : Les nourrices à Bouthéon dès 1844 

Le 23 décembre 1874 la 3ème République publie la loi Roussel : loi pour la protection des enfants 1er âge avec une mention très claire : « surveillance de l’autorité publique ».

Grâce aux registres paroissiaux, Charles Gérossier a pu retrouver des dates intéressantes, en effet, dès 1844, on note des décès d’enfants gardés à Bouthéon chez les agriculteurs.

Dès 1877, suite à la loi Roussel, les élus de Bouthéon, les habitantes, les sœurs Saint Joseph s’investissent à fond dans cette protection des enfants 1er âge. 

Un certificat du Maire est délivré aux nourrices (numéro d’ordre 95 du 12 novembre 1900). 

Un registre détaillé est tenu par le secrétaire de Mairie : ci-dessous « le registre de la Mairie de Bouthéon» daté de 1898 ; il a beaucoup souffert.

Par contre, en 1882, il est en très bon état.

Le 1er registre sur Bouthéon concerne 139 enfants de 1877 à 1889.

A compter du 1er janvier 1898, nouveau registre grand format en A3 se termine en 1910 et on recense 200 enfants concernés ; c’est très lisible avec des mentions nouvelles : l’origine et la profession des parents ; ci-joint le registre grand format de 1898.

Quelques professions des parents : 

Employé de chemin de fer, brigadier, pâtissier, armurier, employé de commerce, tailleur, boucher, typographe, ouvrière en soie ; on trouve quelques mères célibataires (c’est noté enfant naturel).

Mode de nourriture : au sein environ 30% ; au biberon environ 70%

En 1901, on recense 24 placements d’enfants à Bouthéon.

L’enfant est élevé jusqu’à l’âge de 2 ans mais il peut être retiré avant.

Le sérieux de la commission municipale :

La commission municipale se réunissait une fois par mois le dimanche après-midi avec 2 femmes qui visitaient les nourrices et un compte rendu détaillé était envoyé au Préfet. Assistaient également à cette réunion le Maire, le Secrétaire de Mairie ; il est à noter que le curé de la paroisse était excusé à chaque réunion ; par contre les sœurs Saint Joseph jouaient le jeu en proposant un dépôt de médicaments pour les enfants gardés (ci-dessous la commission de surveillance du 1er juillet 1892) : à noter « les dames inspectrices » « il appert » »ces petits êtres ».

Le médecin inspecteur c’est le docteur Perruche d’Andrézieux et le 27/11/1911 il envoie un courrier : « j’ai toujours vu dans votre honnête commune les nourrices prendre en affection les enfants qui leur sont confiés et les soigner à ma pleine satisfaction, d’ailleurs les résultats le prouvent. »

Les « dames inspectrices » étaient parfois sévères :

« … les délinquantes ont reçu l’adjonction de rigueur et promis de remédier à la faute … » : ça concernait souvent l’hygiène des biberons : ces biberons furent interdits vers 1920.

Par contre, en 1894, les nourrices sont félicitées.

Évidemment, cette activité pouvait faire l’objet de jalousie et ci-dessous une lettre non datée :

Question : pourquoi Bouthéon s’est investi dans cette belle mission ?

A cette époque, la grande ville Sainte Etienne était enfumée, donc le bon air de la campagne pouvait justifier un placement sur Bouthéon. Est ce que les autres communes environnantes étaient concernées ?

Bouthéon était un village rural, la rémunération des nourrices constituait un revenu d’appoint pour les familles agricoles et également un statut social pour les femmes d’agriculteurs.

Il se peut également que le Maire et l’instituteur étaient en parfaite harmonie avec la 3ème république.

Le développement industriel faisait que de nombreuses femmes travaillaient et ne pouvaient assumer l‘allaitement de leur enfant. On retrouve donc le même contexte qu’aujourd’hui et les missions de la Protection Maternelle et Infantile de nos jours sont similaires.

NOTA : Il y avait certainement une arrière pensée revancharde : il fallait récupérer l’Alsace et la Lorraine perdue en 1870, donc il convenait d’avoir plein de soldats en pleine forme pour cette revanche : on sait hélas ce que ça a donné. Avant la guerre de 14, les élèves apprenaient le maniement des armes !!!

Recherches effectuées par les Amis du Vieux Bouthéon en 2017, mis à jour en 2024

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